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11 initiatives pour lutter contre l’invasion du plastique dans nos océans

2018
13 août

11 initiatives pour lutter contre l’invasion du plastique dans nos océans
Source: Laou Sarah. Radio-Canada Publié le vendredi 3 août 2018 à 9 h 25
Mis à jour le 4 août 2018 à 5 h 23

Il y a plus de 150 millions de tonnes de résidus de plastique dans les océans. Face à ce péril, des initiatives fleurissent.

Si rien n’est entrepris pour endiguer cette crise environnementale, les océans contiendront plus de plastique que de poissons d’ici 2050, selon le rapport du Forum économique mondial et de la Fondation Ellen MacArthur publié en 2016.

La découverte d’une gigantesque plaque d’environ 3,5 millions de kilomètres carrés de déchets à la dérive dans l’océan Pacifique, baptisée le « septième continent de plastique », a suscité émoi et prise de conscience planétaires. Dans les principaux bassins océaniques, des zones de plastique s’accumulent rapidement et leur superficie pourrait être multipliée par 10 d’ici 2030, selon l’organisme californien Marine Research Foundation.

Au vu de cette catastrophe écologique annoncée, des institutions, des entreprises, des scientifiques et des citoyens se mobilisent pour diminuer la concentration de plastique dans les écosystèmes marins.

Voici quelques initiatives qui pourraient bien changer la donne :

1. PLASTIC ODYSSEY : UN BATEAU QUI CARBURE AU PLASTIQUE

Le projet Plastic Odyssey propose notamment de transformer les déchets de plastique marins non recyclables en carburant pour bateau. Inventé par deux jeunes ingénieurs et designers français, ce catamaran océanographique est encore à l’état de prototype, mais amorcera son tour du monde dès 2020. L'embarcation « éco-héroïque » prévoit faire 33 escales en trois ans afin de collecter les déchets en mer et sur le long des côtes maritimes. Les plastiques recyclables seront transformés en matériaux réutilisables et les plastiques non recyclables convertis en carburant par pyrolyse, ce qui permettra ainsi d’alimenter les moteurs du navire.

Un bateau de type catamaran sera utilisé par l'équipe Plastic Odyssey d'ici 2020 pour tenter de nettoyer une partie de la pollution par le plastique des océans.
A l’origine du projet, un jeune ingénieur diplômé de l’école de la marine marchande.  Photo : Plastic Odyssey


2. LE MANTA : LE CATAMARAN COLLECTEUR DE DÉCHETS


Le Manta s’est donné pour mission d'avaler et de compresser jusqu'à 600 mètres cubes du plastique des océans par expédition. Conçu par le navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon, cet imposant catamaran aussi large qu'un terrain de football est capable de compacter des tonnes de déchets à l’aide de tapis roulants plongeant jusqu’à un mètre sous l’eau. Le plus grand multicoque du monde devrait prendre la mer en 2022 avec une quarantaine de personnes à son bord.
Cet immense catamaran nettoyeur d'océans pourra compacter des tonnes de déchets de plastique dès 2022.
Le Manta, en référence à la raie du même nom qui est un poisson filtreur.  Photo : Sea Cleaners


3. OCEAN CLEANUP : DES BARRIÈRES FILTRANTES GÉANTES POUR S’ATTAQUER AU 7E CONTINENT


Développé par un Néerlandais de 23 ans, Boyan Slat, le projet Ocean Cleanup prévoit déployer une trentaine de barrières filtrantes longues d’environ deux kilomètres pour récolter les déchets marins du continent de plastique et les recycler ensuite sur la terre ferme. Le concepteur du projet croit pouvoir nettoyer jusqu’à 50 % de la grande plaque de déchets du Pacifique. Une première barrière devrait être mise à l’eau en septembre.
Le rêve du jeune Boyan Slat est de capturer tout le plastique océanique sur place à l’aide d’une barrière.
Le Programme des Nations unies pour l'environnement a décerné un prix à Boyan Slat.  Photo : Ocean Cleanup Project


4. SOLUBAG : UN SAC PLASTIQUE SOLUBLE ET NON TOXIQUE

Des ingénieurs chiliens ont créé la surprise en présentant en juillet un sac plastique soluble dans l’eau et non polluant. Ils ont eu l’idée de remplacer le pétrole par un dérivé de roche calcaire. Et selon SoluBag, ce sac qui se dissout en quelques minutes ne laissant que du carbone dans l’eau n’est ni dangereux pour l’homme ni pour l’environnement. SoluBag commercialisera ses sacs à partir d’octobre au Chili. L’entreprise a aussi présenté un sac en toile plus résistant et soluble dans l’eau chaude.
Deux chercheurs brandissent leurs sacs fabriqués à base de calcaire devant un verre d'eau.
Ces sacs solubles ne coûteraient pas plus cher à produire, selon les chercheurs. Photo : AFP/CLAUDIO REYES

5. PLASTICROAD : CONSTRUIRE DES ROUTES EN PLASTIQUE VENANT DES OCÉANS

Le projet PlasticRoad de la firme néerlandaise VolkerWessels veut remplacer l’asphalte utilisé pour les routes par une matière recyclée à partir de déchets de plastique provenant de l’océan. Selon les ingénieurs responsables du projet, ces routes en plastique seraient plus résistantes aux températures extrêmes, plus imperméables et auraient une durée de vie trois fois plus longue que les routes bitumées. PlasticRoad s’inspire de l’initiative du chimiste Rajagopalan Vasudevan, qui a mis au point le procédé dès 2012 en récupérant le plastique des décharges publiques. Près de 10 000 km de routes en plastique ont déjà été construites dans 11 villes indiennes.

Construction d'une route en matériaux de plastique recyclés.
Ces routes en plastique recyclé résistent à - 40 degrés Celcius et à la corrosion.  Photo : VolkerWessels


6. ECOALF : DES VÊTEMENTS 100 % MATÉRIAUX RECYCLÉS


La marque de vêtements et d’accessoires espagnole fait du recyclage de plastique son credo depuis près de 10 ans. Leurs vêtements en polyester saturé sont fabriqués à partir de déchets repêchés au fond de la mer Méditerranée. La société madrilène, qui présente également des collections haut de gamme, a pour ambition de lancer une « nouvelle génération » de prêt-à-porter 100 % plastique recyclé des eaux.
Un filet de pêche sur des vêtements évoque le recyclage de l'enseigne Ecoalf, qui utilise des déchets de plastique recyclés pour confectionner ses vêtements.
La marque a été fondée en 2009 par Javier Goyeneche.  Photo : EcoAlf


7. CONCEPTOS PLASTICOS : DES MAISONS SOLIDES, ABORDABLES EN PLASTIQUE
La société colombienne Conceptos Plasticos a développé une expertise dans la construction de bâtiments en plastique recyclé. En 2017, 750 habitations ont été construites à Bogota permettant de recycler environ 100 tonnes de déchets par mois. En plus de l’aspect écologique, l'initiative permet de loger des personnes sans abris ou démunies à moindre coût. L’entreprise émergente mexicaine EcoDom lui a emboîté le pas en 2018. Cette dernière récupère le plastique compacté en panneaux et s’en sert comme armatures pour les cloisons des maisons. Pour moins de 300 $ et deux tonnes de matières recyclées, les futurs propriétaires peuvent voir leur habitat érigé en une semaine.
Les équipes de l'entreprise colombienne Conceptos Plasticos construisent une maison avec des briques en plastique recyclé.
L'architecte Oscar Mendes est à l'origine de Conceptos Plasticos, qui a été créé en 2010.  Photo : Conceptos Plasticos


8. PLASTIC WHALE : DES MEUBLES EN PLASTIQUE RECYCLÉ DES CANAUX D’AMSTERDAM
Cette entreprise néerlandaise est l’une des premières à avoir pratiqué le repêchage de déchets à l'aide de bateaux conçus en matières plastiques recyclées. Elle fabrique ensuite des meubles à partir de ce plastique repêché dans les canaux d’Amsterdam et propose par la même occasion aux touristes des excursions de collecte des déchets. Les « pêcheurs » de déchets ont ramassé jusqu'à présent 146 000 bouteilles de plastique, 2914 sacs de déchets et l'équivalent de 9 bateaux remplis de déchets en plastique.
Des touristes sont dans des embarcations pour repêcher les déchets en plastique qui flottent sur les canaux d'Amsterdam.
Plastic Whale encourage l'écotourisme et l'économie circulaire.  Photo : Plastic Whale


9. IDEONELLA SAKAIENSI : BACTÉRIES ET ENZYMES « MANGEUSES » DE PLASTIQUE
Une première bactérie mangeuse de polyéthylène téréphtalate (PET), qui se retrouve dans les bouteilles en plastique, a été découverte en 2016. En manipulant ces bactéries en avril dernier, des chercheurs américains et britanniques ont conçu « par accident » une enzyme « encore plus efficace » pour dévorer le plastique. Les scientifiques veulent désormais améliorer les performances de cette enzyme afin de l'utiliser dans un processus industriel de destruction des plastiques. Une chenille dévoreuse de plastique, la Galleria mellonella, est aussi au banc d’essai dans les laboratoires.
Coupe de microscope montrant la bactérie mangeuse de plastique Ideonella sakaiensi.
La bactérie « Ideonella sakaiensi » a été découverte par des chercheurs au Japon.  Photo : Shosuke Yoshida


9. IDEONELLA SAKAIENSI : BACTÉRIES ET ENZYMES « MANGEUSES » DE PLASTIQUE


En mars 2018, une vingtaine de clients ont pris d’assaut un supermarché au Royaume-Uni et ont retiré les emballages en plastique des produits en guise de protestation. L’événement a été partagé à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux et le mouvement Plastic Attack a alors vu le jour, donnant lieu à des actions coercitives et pacifiques dans une cinquantaine de villes du monde.
Des paniers d'épicerie.
Les clients déposent des emballages superflus à l'extérieur du supermarché. Photo : Radio-Canada/Marie-Maude Pontbriand


11. MADIBA ET NATURE : DES EMBARCATIONS FAITES DE BOUTEILLES DE PLASTIQUE USAGÉES


L'organisme camerounais Madiba et nature, fondé par l'ingénieur Ismaël Essome, a entrepris de récupérer les bouteilles usagées flottant dans les océans et les rivières pour en faire des embarcations de fortune. Leurs bateaux peuvent notamment servir de pirogues, de canoës pour les touristes ou de barques pour les pêcheurs. L'organisme encourage ainsi l'écotourisme et offre un programme de formation aux jeunes étudiants et aux ingénieurs qui ont des préoccupations environnementales.
Au Cameroun, à Douala, un jeune homme vogue sur l'un des bateaux qu'il a conçus à partir de bouteilles en plastique recyclé.
À Douala, Ismaël Essome lance la pirogue écologique en recyclant les bouteilles usagées.  Photo : Madiba et nature

Du côté des États et des institutions, les annonces se multiplient à l’instar de la Commission européenne, qui propose d’interdire les cotons-tiges, les couverts, les assiettes, les pailles, les mélangeurs à cocktails et autres tiges de ballons en plastique d’ici 2020.

Les multinationales surfent aussi sur la vague. Starbucks bannit les pailles et les couverts en plastique de ses cafés, tout comme A&W et St-Hubert; la chaîne McDonald’s étudie la possibilité de remplacer le plastique par un matériau biodégradable; Adidas présente des chaussures en plastique recyclé des océans; tandis qu'IKEA veut supprimer les plastiques à usage unique de ses magasins.

D’autres grandes marques comme L'Oréal, Walmart, Évian, Mars, M&M, PepsiCo, Coca-Cola et Unilever se sont également engagées à n'utiliser que des emballages réutilisables, recyclables ou compostables d'ici 2025.

LA POLLUTION PLASTIQUE DES OCÉANS EN QUELQUES CHIFFRES :

  • 20 tonnes de déchets de plastique sont déversés dans les océans chaque minute;
  • 80 % des déchets en mer proviennent de sources terrestres et le reste de bateaux;
  • 1 % du plastique flotte, le reste coule et se décompose en microparticules;
  • Il existe 5 gyres, appelées aussi vortex de pollution ou soupes de plastique, dans les différents bassins océaniques;
  • 1,5 million oiseaux et mammifères marins meurent chaque année en ingérant du plastique

Sources : Surfrider Foundation Europe; Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America; Institut Français du Développement Durable